Quand l’économie circulaire redéfinit la gestion des matériaux de voie
Sur un chantier ferroviaire, les matériaux ne disparaissent jamais vraiment. Rails, ballast, traverses : tout se dépose, se trie, se transporte, se revalorise. Cette matière en circulation permanente raconte une réalité simple : la rénovation du réseau ne consiste pas seulement à poser du neuf, mais aussi à organiser intelligemment ce qu’on retire.
SNCF Réseau en fait un axe majeur de sa politique environnementale et ETF y contribue depuis plusieurs années, en structurant des filières de réemploi et de recyclage et en s’appuyant sur des outils de traçabilité comme Waste Marketplace.



Du recyclage du ballast…
Le renouvellement d’une voie ferrée commence par ce que l’on retire : un ballast qui a vieilli, des rails déposés après des années de service, des traverses dont le cycle arrive à terme. Cette “sortie de chantier” représente chaque année des volumes considérables, que la filière a appris à mieux connaître, mieux trier et mieux valoriser.
Le ballast, matériau le plus volumineux sur un chantier de renouvellement, est aujourd’hui l’un des mieux maîtrisés. La méthode historique, réalisée directement sur la voie, ne permettait qu’un réemploi limité. Les nouvelles unités mobiles installées à proximité des chantiers ouvrent une autre voie : elles trient, lavent et contrôlent le ballast en continu, dans un circuit fermé qui limite la consommation d’eau et améliore la qualité du matériau obtenu. Cette approche réduit les transports, diminue l’extraction de granulats neufs et permet de réutiliser une part significative du ballast sur le même chantier. Compactes et déployées au plus près du besoin, ces unités s’intègrent dans le rythme des travaux sans en perturber l’organisation.
Elle s’appuie également sur des rames dites « double flux », capables de transporter à la fois du ballast neuf et du ballast usagé. Toujours chargées à l’aller comme au retour, elles réduisent le nombre de wagons mobilisés et simplifient la logistique, tout en offrant plusieurs débouchés au ballast extrait, qu’il soit recalibré pour un réemploi ferroviaire ou orienté vers des usages de sous-couche, notamment routiers.
… Aux rails : quand la dépose devient une nouvelle matière première
Pour les rails, la dynamique est différente : leur recyclage est une pratique ancienne et bien établie dans la filière, qui s’appuie sur un circuit industriel solide capable de transformer l’acier déposé en matière première réutilisable. Traditionnellement, les rails déposés sont acheminés en base arrière puis découpés en coupons courts avant d’être dirigés vers les filières de recyclage. À cela s’ajoutent aujourd’hui des méthodes de réemploi comme REVO, qui consistent à conserver les rails en grandes longueurs, découpées selon les besoins du client, puis reconditionnées pour être reposées sur des sections du réseau moins sollicitées. Cette organisation permet de prolonger l’usage du rail avant son recyclage, tout en s’intégrant dans la logistique existante des chantiers.

Ce qui change aujourd’hui n’est pas tant la possibilité technique de recycler que la manière de l’intégrer à l’organisation d’un chantier. Le tri est anticipé. La logistique est pensée en amont. Chaque matière a un débouché défini. La traçabilité passe par des plateformes numériques comme Waste Marketplace, qui documentent les flux en temps réel. Dans les projets intégrés comme le RRI, cette logique est inscrite dès la préparation : elle n’est plus un appendice, mais un élément de la méthode.
ETF structure ses propres filières en s’appuyant sur des partenariats industriels, comme ceux noués avec AFC Recycling, qui permettent de traiter et de réemployer les matériaux directement à proximité des chantiers, grâce à des unités mobiles de tri et de lavage. La traçabilité numérique, assurée via Waste Marketplace, offre un suivi précis des volumes, des débouchés et des filières utilisées, ce qui sécurise la qualité et la conformité des opérations. Ce dispositif est complété par des bases arrière dédiées et par la formation des équipes au tri et au reconditionnement, pour faire du réemploi une étape intégrée et systématique de la production.
Une évolution discrète en apparence, mais qui modifie profondément la manière de conduire les chantiers, de gérer les matériaux et d’en réduire l’impact environnemental.
